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09/03/2004

Manhattan sur Moskova


 

Les Russes s'apprêtent à aller voter le 14 mars Pour "Volodia", le président qui 
a rendu sa fierté à la Russie.

La semaine dernière, Vladimir Poutine a encore un peu plus squatté les écrans 
de télévisions contrôlées par l'Etat Channel One, Rossia, et NTV. Entre le 27 février et le 4 mars, pour la troisième semaine de campagne, il est apparu à 26 
reprises dans les journaux télévisés. Deux fois plus que la candidate libérale Irina Khakamada. Le candidat communiste Nikolaï Kharitonov doit se contenter de 
neuf passages, l'ultranationaliste Oleg Malyshkin de sept. Le leader de Rodina, 
Sergei Glazyev est apparu quatre fois. Quant au libéral Ivan Rybkine, féroce 
critique du président sortant et soutenu par le magnat russe en exil Boris 
Berezovski, une de ses deux seules interventions a été pour annoncer son 
retrait de cette "farce" électorale.

Sacha, chauffeur de taxi collectif, n'y voit pas matière à scandale. " C'est 
quand même le président ". D'ailleurs, s'étonne-t-il " Ça vous intéresse tant que cela ces élections "?  Pour lui, il n'y aucun suspense : " Poutine sera 
réélu et c'est tant mieux "!

L'absence de panneaux électoraux sur les 28 km qui séparent l'aéroport du centre de Moscou? Le refus du président de participer à un quelconque débat 
électoral? " Non ", cela ne le choque pas. La douzaine de passagers qui 
s'entassent avec leurs bagages dans la petite estafette prévue pour huit personnes maximum, est à l’unisson. " Poutine a mieux à faire, les autres n'ont 
aucune chance ". " Les débats, les meetings, c'est du temps perdu, de l'argent 
gaspillé ".

Iront-ils voter ? Tous l'assurent. Pour Poutine ? Pour "Volodia" !  Pour celui 
qui a remis de l’ordre en Russie. Pour ce " jeune président " dont on " peut 
être fier ", parce qu’il " ne boit pas ", parce qu’il " fait du sport ", 
explique Natacha, traductrice. A des années lumières de l’alcoolique Boris 
Eltsine.

Mais aussi parce que la situation économique s’est franchement améliorée. Les 
salaires augmentent, il y a du travail. C’est flagrant à Moscou, où la ville 
rutile. Les centres commerciaux rivalisent de luxe. Celui construit sous la 
place du Manège juste devant le Kremlin relègue le célèbre Goum de la Place 
rouge au rang de grand bazar de province. Les casinos et établissements de jeux 
quadrillent la ville, tandis que les minis centre commerciaux jalonnent les 
banlieues. Sur les voies asphyxiées de la capitale, les Lada et autres Volga 
pétaradantes ont cédé la place aux Audi, BMW et Mercedes dernier cri.

Mais cette fièvre consumériste n’est rien comparée au dernier projet de la 
ville : " Moscow City. D’ici 2015, s’érigera sur les bords de la Moskowa, le " 
Manhattan russe. Un projet pharaonique à 500 mètres à vol d’oiseau de la Maison 
blanche et du Kremlin. Des hôtels, des bureaux, des administrations, un centre 
commercial, un parc de loisirs, une tour de 680 mètres de hauteur, une ligne de 
métro directe reliant l’aéroport de Sheremetievo en 36 minutes seulement, un 
héliport. " Un projet à l’image de ceux qui existent déjà aux Etats-Unis et au 
Canada ", souligne fièrement Valery Ivanovitch Kuzin, responsable des 
investissements pour le gouvernement de la région de Moscou.

En mieux et plus 
cher ! Entre dix et onze milliards de dollars, l’équivalent du budget annuel de 
la ville. A l’heure actuelle, 6000 personnes travaillent sur le site. A terme 
ce sont 15000 emplois qui sont en jeu. Un programme financé en partie par la 
ville, par des investisseurs privés et étrangers. 
La première tranche est complète. " Nous n’avons pas pu satisfaire tout le 
monde ", feint de regretter Valery Kuzin, " il y avait trop d’investisseurs par 
rapport au projet ".

Mais ce succès fait grincer quelques dents hors de la 
capitale. " En 2003, douze milliards de dollars ont été investis dans la région 
de Moscou, soit 50% des sommes investies en Russie. Que reste-t-il pour les 
autres régions ? Partout le fossé se creuse ; entre la capitale et les régions, entre les villes et les campagnes, entre les riches et les  pauvres", 
s’inquiète Sacha, militant communiste.

G D

(1) Aucun n'est crédité de plus de 5% des intentions de vote.

(2) Ce reportage a été réalisé dans le cadre d'un voyage organisé par l'administration présidentielle russe dans la 
région de Moscou et Belgorod près de la frontière ukrainienne, avec la 
participation d'une dizaine de journalistes français, allemands, américains, 
israéliens, estoniens et espagnols. Il a été publié dans Le Progrès.

 
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