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12/03/2004

Russie : la classe moyenne n’est plus introuvable



Pull sombre, col ras le cou, Alexander est un jeune Russe moderne et dynamique. 
A l’image de son président Vladimir Poutine. Il ne boit que modérement et 
conjugue allégrement deux activités professionnelles. Tantôt responsable des 
relations publiques pour la région de Lipetsk, tantôt conseiller pour une 
entreprise privée. 
Il est aussi très discret, dès qu’il s’agit de business. Impossible de savoir 
exactement combien il gagne.  Dans la nouvelle société russe, ce quadragénaire, 
parfaitement anglophone, se classe nettement parmi les " jeunes lions ", qui, 
selon un célèbre institut de recherche sociologique, forment aux côtés des " 
travailleurs optimistes " et autres " couples conservateurs ", la classe 
moyenne. Soit 20% de la population, qui, en grande partie, a adopté le slogan: 
"Tout ce que je fais de bon pour moi est bon pour mon pays".

A Moscou et Saint-Petersbourg, les Macdo, les restaurants huppés, les magasins 
de luxe font le plein. Tout comme les centres commerciaux. Dans la banlieue de 
la capitale, le Mega Mall, le plus grand de toute l’Europe de l’Est, compte 250 
boutiques, un Auchan et un Ikea. Il ne désemplit pas.

Avec les grandes surfaces, le crédit a fait son entrée ; en force. 
Réfrigérateurs, télévisions, électroménagers, voitures étrangères : tout 
s’achète à tempérament sur un ou deux ans. Pour une Renault Megane symbol, il 
faut débourser 274750 roubles (7850 euros). A voir, le sourire du 
concessionnaire, les candidats ne manquent pas. Le revenu moyen officiel dans 
la région n’est pourtant que  de 13 668 roubles (390 euros).

Ivanovo est à 300 km au nord-ouest de Moscou. Une région pauvre, sans ressource 
naturelle, et qui a subi de plein fouet la crise du textile. Mais, là aussi, le 
redressement est en marche. Des magasins de luxe, - montres suisses, parfums -, 
viennent  d’y ouvrir leurs portes. Et "les immatriculations des voitures 
étrangères progressent : un signe", explique Vladimir Sokov, un responsable 
régional. 
A Lipetsk, les jeunes femmes au look de Top model fréquentent le " Fortuna ", 
la clinquante boîte de nuit. Les hommes aux vêtements bien coupés y viennent en 
famille. Dehors, le parking compte quelques voitures haut de gamme. Dans ce 
club, le Coca Cola ou la bière ne coûtent que deux euros ; un prix cependant 
prohibitif pour la plupart des étudiants de l’université proche. Pourtant, la 
piste de danse est bondée et les téléphones portables dernier cri.

"La situation s’est nettement arrangée, on vit bien ici", explique Nikolaï Bortsov, député de Russie unie et patron de l’usine de jus de fruit Çad de 
Lebidian. La région peut en effet compter sur ses richesses naturelles, 
notamment ses mines de fer.

Un cadre qu’Alexander commence cependant à trouver un peu étriqué pour ses 
compétences. Il rêve maintenant de Moscou. Un autre souci pour la Russie. La capitale aspire les dollars et les élites.

G D

 

(1) Lebedyansky passe sous contrôle de PepsiCo

 

En 20 mars 2008, PepsiCo annonce s'être emparé de 75,5 % du capital de la société Lebedyansky (ex-Çad – jus en russe), leader russe des jus de fruits. Pour mettre la main sur les titres de l'homme d'affaires local Nikolaï Bortsov et de son fils, PepsiCo a dû débourser 1,4 milliard de dollars, soit 100 dollars par action, selon Bloomberg. L'offre valorise le russe près de 25 fois les bénéfices réalisés en 2007 : un prix exorbitant ! Au titre de l'exercice 2007, Lebedyansky a affiché une hausse de son chiffre d'affaires de 33 %, à 945 millions de dollars.

Ce reportage a été réalisé dans 
le cadre d'un voyage organisé par l'administration présidentielle russe dans la 
région de Moscou et Belgorod près de la frontière ukrainienne, avec la 
participation d'une dizaine de journalistes français, allemands, américains, 
israéliens, estoniens et espagnols. Il a été publié dans Le Progrès.

10/03/2004

L'ancienne ceinture rouge convertie au capitalisme

 

Mars 2004. - Belgorod, Lipietsk, Star Oskol, Lebedian: la Russie profonde, à 650 km au sud de Moscou - dix heures de train -, tout près de la frontière ukrainienne. Ici on est au cœur de l’ancienne ceinture rouge, où pendant les années Eltsine, on a continué à voter communiste.

Tatiana, 42 ans, mariée, est ouvrière dans le combinat métallurgiste de Star Oskol (210 000 habitants). Elle gagne 10 400 roubles (300 euros)* par mois, le salaire moyen dans la région, auquel se rajoute un supplément de 3000 roubles (85 euros) pour son enfant. Surtout son entreprise, une société privée en pleine expansion, multiplie les aides. Elle verse ainsi 100 millions de roubles (plus de 2,8 millions euros) chaque année au 20 000 membres du personnel. Outre le financement d’un complexe sportif, elle subventionne un sanatorium, qui accueille chaque année 3500 enfants, un centre de vacances sur la Mer noire et une maison de repos. Elle verse également un complément de retraite aux anciens salariés et prend en charge une visite médicale par an. Les enfants des salariés peuvent aussi disposer de prêts sans 
intérêts pour leurs études.

A quelques dizaines de kilomètres de là, Lebedian (20 000 habitants) connaît aussi sa success story. Une fabrique de jus de fruits : Çad, 2400 salariés. " Les salaires les plus élevés de la région ", se félicite Alexander Kobdi, le directeur général : " 12 000 roubles 343 euros) plus l’assistance médicale gratuite ". Pudique, il n’ose pas donner le nom de celui qui a racheté toutes les actions des salariés. " Une grande famille de la région ", dira-t-il. En fait, il s’agit du gouverneur de la région et ex-speaker de la Douma Igor Satvienko.

L’entreprise n’oublie pas de financer la construction de cent appartements pour 
les habitants de la ville. Devant le siège de l’entreprise, Mercedès et BMW 
entourent une statue de Lénine. " On l’a gardée, précise Sergueï, 32 ans , l’ingénieur principal, on ne doit pas détruire notre histoire. L’important, c’est le travail ". Contrôleur d’emballage, Alexander Kokorin, 27 ans, père d’un bébé de 18 mois, est ravi d’avoir un bon job. Il gagne 9000 roubles (260 euros). Il est propriétaire de son appartement. Il a aussi un espoir : celui de poursuivre ses études en cours du soir, " avec le soutien de mon entreprise ".Y-a-t-il des syndicats? Il acquiesce, mais s’empresse d’ajouter qu’il " n’a pas eu besoin de s’adresser à eux ". Patelin, le directeur adjoint intervient : " Pourquoi manifesteraient-ils ? Ils ont déjà de très bons salaires ".

Ce n’est pas le cas de Mia, professeur à l’université de Lipetsk (500.000 habitants). Elle gagne 2000 roubles (57 euros), auxquels il faut ajouter 70 roubles (2 euros) pour son enfant, mais elle doit en donner 100 (2,80 euros) pour les repas à l’école. Une fois ôté le loyer, environ 500 roubles (14,30 euros), il ne lui reste pas de quoi faire des folies. Mais, " les plus à plaindre, dénonce-elle, ce sont les retraités ". " Ils ne touchent que 1200 roubles (34,20 euros) par mois et leur loyer ou les charges de leur appartement ne cessent d’augmenter. Beaucoup doivent déménager pour de plus petits logements, souvent éloignés de leur quartier. Un véritable déchirement ".

" Il y a beaucoup de mécontentements, car il y a de grosses disparités. Il y a aussi plus de petites délinquances ", souligne Natacha, 50 ans, employée. Igor, 45 ans, chômeur  à Belgorod (1,500.000 habitants), pense que " beaucoup 
voteront contre tous, même si le niveau de vie a augmenté ". Quant à Marina, 35 ans, elle votera pour Poutine, mais elle regrette qu’en Russie " quand on est en colère, on parle dans sa cuisine ".

G D

Ce reportage a été réalisé dans le cadre d'un voyage organisé par l'administration présidentielle russe dans la région de Moscou et Belgorod près de la frontière ukrainienne, avec la participation d'une dizaine de journalistes français, allemands, américains, israéliens, estoniens et espagnols. Il a été publié dans Le Progrès.

 

Un site http://www.russie.net/russie/elections_russie_2004_hist.htm

"On ne plaisantait pas avec l'abstention sous Staline",  révèle un rédacteur de Russie.net, dans un dossier sur les élections de 2004... Le reste est heureusement parfois plus sérieux

 
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