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26/12/2004

La journee tranquille de Vladimir Bulgakov,chef du bureau no 8 à Kharkov



 

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Kharkov, le 26 décembre 2004. Constat serein des observateurs: les partisans des deux candidats ont
joué la transparence et la clarté.

Vladimir Bulgakov a 33 ans. Médecin légiste, il est depuis lundi dernier
responsable du bureau de vote numéro 8, installé au 79 de la rue Pouchkine dans
le bâtiment de l'Institut polytechnique. Son prédécesseur avait été accusé de
fraudes et démis de ses fonctions. "Il s'est depuis recyclé comme observateur
pour Ianoukovitch", explique son remplaçant. Sans y voir aucune malice!

Vladimir prend sa tache très au sérieux. Son avis sur le scrutin? Il touche du
bois. "Tout se passe bien pour le moment", assure-t-il. Le bureau a ouvert à 7
heures du matin, il y a maintenant quatre heures. "Il y a beaucoup plus
d'inscrits cette fois-ci qu'au tour précèdent",
relève-t-il. La raison? "Notre commission a du fournir un énorme effort pour
rattraper le mauvais travail de l'administration. Lors des deux premiers tours,
les relations au sein de la commission étaient très tendues entre les deux
clans. Quand j'ai été nommé, j'ai demandé aux gens de ne plus arborer leur
couleur politique. Maintenant cela va beaucoup mieux, car tout le monde est
traité sur le même pied d'égalité. On a un job a faire, ce n'est pas le moment
de parler politique. Il est important de montrer le bon exemple et de ne pas
diviser le pays".

Supporter de Iouchtchenko, Vladimir n'a que des éloges a
faire aux membres de l'autre bord : "Tout le monde veut vraiment que cette
élection soit claire, transparente et incontestable".
Valery Konkin, 48 ans, acquiesce. Lecteur a l'Institut politique, il est pour la
première fois observateur "pour Ianoukovitch" et "satisfait de déroulement du
scrutin". "Ici tout est bien organisé, même la collecte des bulletins de ceux
qui ne pouvaient pas se déplacer et ont du voter chez eux. Les équipes
comprenaient des représentants des deux candidats ainsi que des officiels". Un
exploit quand on sait que la loi interdisant le vote à domicile a été supprimée
seulement samedi par la Cour suprême.

Dans la pièce, tout est propre, net, les
bureaux et les isoloirs bien séparés. Beaucoup d'étudiants votent ici, en
musique avec le chanteur pop-rock Sting.
Le bureau No 6, dirigé par Viktor Alfegov, est plus animé. Il y a aussi plus de
personnes âgées et parfois le manque d'intimité autour des isoloirs pourrait
faire bondir les puristes de la loi. Mais pas Ludmilla Skibina, observatrice
pour Iouchtchenko. Ingénieur en physique, elle offre une mandarine. "Pas une
orange", fait-elle remarquer. Cela fait rire Helena et Vladislav Fedchenko (photo). Eux
aussi observent pour les oranges. "Tout est bien organisé", confirme un partisan
de Ianoukovitch, "il y a des observateurs des deux côtés, tout est régulier".

"Iouchtchenko va gagner, mais il devra ressouder le pays"

Anatoly Povrosin, 64 ans, sort a peine du bureau de vote. Il a donné sa voix à
Ianoukovitch. "Iouchtchenko n'est peut-être pas un mauvais homme,
mais son équipe n'est pas bonne. Ils feront leur politique dans leur intérêt et
metront l'Ukraine dans une mauvaises posture. Il va gagner, c'est sur, mais
il devra prendre en compte le fait qu'à l'est les gens ont voté pour
Ianoukovitch et qu'il faut réunir les deux parties du pays".
Au second tour, 55% des électeurs de ce district lui ont donné leur voix contre
40 à son adversaire, 5% ont voté contre les deux candidats.

Maxim, 20 ans, est à son poste depuis 7 heures du matin dans le bureau installé
à l'Université nationale d'agriculture de Kharkov. Déçu par "le manque de
professionnalisme" de l'équipe de Ianoukovitch, il avait cessé de le supporter.
Mais, "je suis revenu parce que je veux que tout se passe bien, que les chances
soient égales dans cette election", assure-t-il. Aujourd'hui sa couleur
préférée serait plutôt le vert, celle des neutres, "les seuls, selon lui, qui
veulent vraiment ressouder l'est et l'ouest du pays". Il ont d'ailleurs déjà
commencé. Une association d'étudiants a organisé la campagne Noël ensemble pour
que ceux qui habitent à Kharkov viennent passer la fête orthodoxe, le 6 janvier,
dans des familles de Lviv - Lvov - dans l'ouest du pays. Plus de 100 personnes
sont déjà inscrites.

 

G.D.

Ce reportage a été publié dans Le Progrès.

22/12/2004

A Kiev, c'est déjà le président Iouchtchenko

IMG_0558.jpgViktor Ichtchenko et Viktor Ioukanovitch s'affrontent à nouveau dimanche 26 dans les urnes. Mais à Kiev, il n'y a manifestement qu'un seul candidat. Celui de l'opposition.

Alors que sur ses affiches électorales, Iouchtchenko répéte inlassablement "Tak
mir Bam", son adversaire est étrangement absent.

Lâché par le président Koutchma, donné perdant par tous les sondages, il a été sérieusement bousculé par son rival en début de semaine lors d'un face à face télévisé. Le lendemain, la presse et les analystes étaient unanimes : "Ioukanovitch s'est mal défendu, On avait l'impression qu'il savait qu'il avait déjà perdu", Mais à trois jours du scrutin décisif, l'opposition n'entend pas faire baissser la pression. Ni surtout se faire voler sa victoire.

Mercredi soir, elle avait appelé à une gigantesque manifestation sur la place de l'Indépendance, théâtre de la "révolution orange". A 15 heures, ils étaient déjà plusieurs centaines. Arrivés en petits groupes, la plupart arborent un brassard, une écharpe, un bonnet orange. Deux heures plus tard, la foule a grossi. Les drapeaux ukrainiens jaune et bleu sont venus rejoindre les banderoles "tak" (assez) ou "pora" (ça suffit) ou "Iouchtchenko président".

Trois écrans géants sont été installés sur la place. Deux encadrent le podium, Les images des manifestations, les débats au parlement, les interventions d'Iouchtchenko, des appels à aller voter dimanche, passent en boucle, au son de la pop ukrainienne. Il fait - 5! A 18h15, la place est noire de monde. Un speaker n'en finit pas d'annoncer l'arrivée du "président Iouchtchenko".

Helene Lorbach, étudiante en 4e année de sciences à Kiev, est venue avec quatre amis.  Elle ne veut plus entendre parler de Ianoukovitch et de la mafia des oligarques. "Il a voulu nous voler notre victoire, nos élections, nos votes. Ici, ily a trop de corruption. On veut la vérité, l'honnêteté".  Au premières notes de l'hymne ukrainien, elle s'interrompt et, comme toute la foule, place sa main droite sur le cœur.

Iouchtchenko monte enfin sur le podium. Il disparaît derrière une forêt de drapeaux orange mais aussi jaune et bleu. Il est 19H15. Le thermomètre lumineux au sommet d'un immeuble affiche imperturbablement -5! Pendant deux heures, ses proches, Ioulia Timochenko, Petro Porochenko, Vladimir Moretz, les frères Vitali et Vladimir Klitschko, boxeurs de réputation internationale, et de Russlana, chanteuse populaire, feront applaudir le "président Iouchtchenko". La foule reprendra sagement les slogans, le chant de la révolution. Sans excès. "Personne n'emêchera quelqu'un d'apprendre le Russe, personne n'empêchera quelqu'un d'apprendre la langue qu'il veut", martele Iouchtchenko, qui veut une"Ukraine unie".

Agité par Ioukanovitch le risque d'une séccession des régions russophones paraît bien peu probable. Même à Kharkov, une région qui a pourtant voté à 70% pour le candidat du pouvoir. l'ancien gouverneur, -démissionaire - accusé par l'équipe de Iouchtchenko d'être l'un des plus gros falsificateurs" du deuxième tour de la présidentielle, assure maintenant que la victoire d'Iouchtchenko ne lui fait pas peur, même s'il ne "l'applaudira pas". Personne ne veut la partition de l'Ukraine, assure Natty, 35 ans, employée.

 

G.D.

Ce reportage a été publié dans Le Progrès.

20/12/2004

Salaires ukrainiens pour les petits baigneurs de Roanne

IMG_0572_2.JPGDécembre 2004 - De nombreuses entreprises françaises sous traitent leur production en Ukraine.
les salaires étant très bas. Une société de Roanne a franchi le pas. Mais la
concurrence est très rude, notamment avec les Chinois.
Dans l'Indre, les PME de l'habillement restées françaises meurent une à une. En
silence. les autres tentent de survivre en jouant la carte de la sous-traitance
delocalisée  La faute à la course aux prix bas.
Dans cette compétition acharnée
la Tunisie, la Turquie, la Roumanie, mais surtout la Chine ont un atout majeur
: des salaires très bas. Un mouvement accéléré, ou rien n'est acquis. Les
Polonais sont en train de l'apprendre à leurs dépends. Trouvant les salaires
trop élevés, de nombreuses entreprises désertent ce pays et ont tourné leur
regard vers l'Ukraine.
Et les commandes affluent.
Edouard Son, patron de l'entreprise UK International installée a Roanne dans la
Loire a franchi le pas, il y a huit ans.
Footballeur ukrainien de haut niveau -
il a joué en Coupe d'Europe notamment contre Bordeaux - il travaille avec
l'entreprise de Korneva Svitlana, Kianka, dans la banlieue de Kiev. Elle
emploie 700 personnes et assemble des polos, chemises, pulls. Chaque année, un
million de pièces sortent de ses ateliers.
Construite dans les années soixante, l'entreprise a été rachetée, il y a deux ans,
par une partie du personnel et par des "actionnaires". "il y a même des
Russes", assure Mme Kornieva. Elle ne veut pas en dire plus.
Kianka fabrique sa propre collection. Mais cela ne représente qu'une infime
partie de sa production. Les collections étrangères ne demande que de
l'assemblage. Ses clients : Petit baigneur. les Flibustiers. Vivement dimanche.
Une employée
qualifiée gagne ici 250 dollars; un simple salarié 150. "Un polo homme revient
entre un et cinq dollars à fabriquer. Cela dépend de la qualité".
explique-t-elle. Son entreprise marche-t-elle bien? "Oui, sinon il faut aller
faire autre chose, rentrer chez soi".
Le personnel, plutôt âgé. "est fidèle" et il travaille 37 heures par semaine.
Théoriquement. "Mais il peut travailler plus, quand il y a des commandes. même
les week-end". assure l'adjointe de la direction. les heures sont comptées
double le samedi et le dimanche. pas la semaine. "On a du mal à employer des
jeunes, regrette Mme Kornieva, ils ne veulent pas travailler chez nous, ce n'est
pas assez valorisant".

A quelques centaines de kilomètres a l'ouest de la capitale, Naina Gavrishevska
dirige une entreprise à Tcherkassy. Elle emploie 300 personnes. Les salaires
sont plus bas, moins de 100 euros. Ce qui la désole c'est le niveau des charges
salariales : 53%. Si elle ajoute les impôts "cela fait du 100%"  Ses concurrents
: la Turquie " Je ne sais pas comment ils font pour payer leurs employés et
sortir des prix aussi bas". avoue-t-elle.
Si la chef d'entreprise de Kiev votera pour Iouchtchenko - il a promis de
baisser les impôts -, celle de Tcherkassy ne fait confiance à aucun des deux
candidats. Elle votera donc "contre tous".

G.D.

Ce reportage a été publié dans Le Progrès.

 
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