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26/12/2004

La journee tranquille de Vladimir Bulgakov,chef du bureau no 8 à Kharkov



 

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Kharkov, le 26 décembre 2004. Constat serein des observateurs: les partisans des deux candidats ont
joué la transparence et la clarté.

Vladimir Bulgakov a 33 ans. Médecin légiste, il est depuis lundi dernier
responsable du bureau de vote numéro 8, installé au 79 de la rue Pouchkine dans
le bâtiment de l'Institut polytechnique. Son prédécesseur avait été accusé de
fraudes et démis de ses fonctions. "Il s'est depuis recyclé comme observateur
pour Ianoukovitch", explique son remplaçant. Sans y voir aucune malice!

Vladimir prend sa tache très au sérieux. Son avis sur le scrutin? Il touche du
bois. "Tout se passe bien pour le moment", assure-t-il. Le bureau a ouvert à 7
heures du matin, il y a maintenant quatre heures. "Il y a beaucoup plus
d'inscrits cette fois-ci qu'au tour précèdent",
relève-t-il. La raison? "Notre commission a du fournir un énorme effort pour
rattraper le mauvais travail de l'administration. Lors des deux premiers tours,
les relations au sein de la commission étaient très tendues entre les deux
clans. Quand j'ai été nommé, j'ai demandé aux gens de ne plus arborer leur
couleur politique. Maintenant cela va beaucoup mieux, car tout le monde est
traité sur le même pied d'égalité. On a un job a faire, ce n'est pas le moment
de parler politique. Il est important de montrer le bon exemple et de ne pas
diviser le pays".

Supporter de Iouchtchenko, Vladimir n'a que des éloges a
faire aux membres de l'autre bord : "Tout le monde veut vraiment que cette
élection soit claire, transparente et incontestable".
Valery Konkin, 48 ans, acquiesce. Lecteur a l'Institut politique, il est pour la
première fois observateur "pour Ianoukovitch" et "satisfait de déroulement du
scrutin". "Ici tout est bien organisé, même la collecte des bulletins de ceux
qui ne pouvaient pas se déplacer et ont du voter chez eux. Les équipes
comprenaient des représentants des deux candidats ainsi que des officiels". Un
exploit quand on sait que la loi interdisant le vote à domicile a été supprimée
seulement samedi par la Cour suprême.

Dans la pièce, tout est propre, net, les
bureaux et les isoloirs bien séparés. Beaucoup d'étudiants votent ici, en
musique avec le chanteur pop-rock Sting.
Le bureau No 6, dirigé par Viktor Alfegov, est plus animé. Il y a aussi plus de
personnes âgées et parfois le manque d'intimité autour des isoloirs pourrait
faire bondir les puristes de la loi. Mais pas Ludmilla Skibina, observatrice
pour Iouchtchenko. Ingénieur en physique, elle offre une mandarine. "Pas une
orange", fait-elle remarquer. Cela fait rire Helena et Vladislav Fedchenko (photo). Eux
aussi observent pour les oranges. "Tout est bien organisé", confirme un partisan
de Ianoukovitch, "il y a des observateurs des deux côtés, tout est régulier".

"Iouchtchenko va gagner, mais il devra ressouder le pays"

Anatoly Povrosin, 64 ans, sort a peine du bureau de vote. Il a donné sa voix à
Ianoukovitch. "Iouchtchenko n'est peut-être pas un mauvais homme,
mais son équipe n'est pas bonne. Ils feront leur politique dans leur intérêt et
metront l'Ukraine dans une mauvaises posture. Il va gagner, c'est sur, mais
il devra prendre en compte le fait qu'à l'est les gens ont voté pour
Ianoukovitch et qu'il faut réunir les deux parties du pays".
Au second tour, 55% des électeurs de ce district lui ont donné leur voix contre
40 à son adversaire, 5% ont voté contre les deux candidats.

Maxim, 20 ans, est à son poste depuis 7 heures du matin dans le bureau installé
à l'Université nationale d'agriculture de Kharkov. Déçu par "le manque de
professionnalisme" de l'équipe de Ianoukovitch, il avait cessé de le supporter.
Mais, "je suis revenu parce que je veux que tout se passe bien, que les chances
soient égales dans cette election", assure-t-il. Aujourd'hui sa couleur
préférée serait plutôt le vert, celle des neutres, "les seuls, selon lui, qui
veulent vraiment ressouder l'est et l'ouest du pays". Il ont d'ailleurs déjà
commencé. Une association d'étudiants a organisé la campagne Noël ensemble pour
que ceux qui habitent à Kharkov viennent passer la fête orthodoxe, le 6 janvier,
dans des familles de Lviv - Lvov - dans l'ouest du pays. Plus de 100 personnes
sont déjà inscrites.

 

G.D.

Ce reportage a été publié dans Le Progrès.

24/12/2004

Karkhov déchiré entre orange et bleu

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Décembre 2004 - Karkhov, pour les russophones, Karkhiv pour les ukrainophones. La langue a été un enjeu de la campagne, largement utilisée par les deux candidat. Comme les relations avec la Russie

A la veille du troisième tour de la présidentielle, la grande ville de l'est paraît bien calme. Vaste, elle compte plus de 1,5 millions d'habitants. Coupée par les rivières Karkhov, Lopan et les collines, elle est aussi dechirée par cette élection. Lors du second tour, Viktor Ioukanovitch a recueilli plus de 70% des voix contre 24 à Viktor Iouchtchenko. Un score impressionnant, mais bien loin des 96% qu'il a obtenu à Donestk, dans la partie orientale du pays. Ou des 90% que Iouchtchenko a atteint dans l'ouest nationaliste.

Cela n'a pas empêché la campagne d'être rude. Les manifestations ont souvent failli mal tourner, explique Yana Sotnikova, 21 ans, étudiante interprète en anglais. Ainsi le 4 décembre, 10000 supporters de Iouchtchenko et près de 3000 de son adversaire ont defilé chacun d'un côté de l'immense place de la Liberté. Entre les Orange et les Bleus, 200 policiers et quelques dizaines de Verts. Ou plutôt des neutres! Je ne soutiens plus personne. Des deux côtés, les gens sont tellement violents et agressifs qu'ils dressent les deux camps l'un contre l'autre et ils divisent le pays, deplore Andreyi, 35 ans. Yana est du même avis. Je n'aime aucun des deux candidats. J'ai voté contre les deux. Née à Vladivostok, dans l'extrême-orient russe, elle a émigré avec ses parents et sa grand-mère en Ukraine en 1988. Le climat y est plus sec. "Pour moi, explique-t-elle, ce n'est qu'une bataille entre deux groupes qui ont tous de l'argent et qui se battent pour avoir le pouvoir. Il y a deux mois on était au bord de la guerre civile. Les images que j'ai vues à la télévision m'ont effrayée. Ce que je veux c'est de la stabilité".

Ludmilla Lysenko,45 ans, cumule deux jobs. Elle travaille dans un institut de politique et de marketing. Elle donne aussi des cours d'anglais. Beaucoup plus virulente, elle se range parmi les pro-Ioukanovitch. Je ne supporte pas Iouchtchenko, je ne supporte pas la révolution orange. C'est juste du désordre, des paroles en l'air. Je suis diplômée scientifique. Quand Iouchtchenko a été au pouvoir, il n'a rien fait pour la science et la recherche. Depuis 2002 que Ianoukovitch est devenu Premier ministre, on est payé régulièrement. Avec lui, on a acquis la stabilité. Il n'y a pas une autre ville comme cela en Ukraine, assure un responsable communal. Nous avons beaucoup d'industriels et d'hommes d'affaires qui ont des liens commerciaux avec la Russie. Mais nous avons aussi de nombreux étudiants et de chercheurs, qui votent pour Iouchtchenko, c'est pour cela que la ville est aussi divisée.

Entre les boutiques occidentales et les fast-foods voisinent les bâtiments administratifs et les écoles militaires au charme tout soviétique. La ville abrite aussi des usines d'armement, notamment celle de Malychev, qui fabrique des chars.

La Russie? Les deux Viktor assurent vouloir garder des liens forts avec ce partenaire économique. Mais, reprend Ludmilla, on aimerait vivre comme a l'ouest, mais on ne peut pas, parce que économiquement on n'est pas au point. Les dirigeants occidentaux ne voient en l'Ukraine qu'un petit frère, un pays juste bon pour faire des affaires. Yana regrette de son côté d'avoir à choisir entre l'Europe et Moscou. La Russie est très proche, nous avons le même esprit. Je veux pouvoir parler russe. Dans mon université, je dois déjà rendre une partie des mes travaux en ukrainien, avec Iouchtchenko, je crains que ce ne soit encore pire, affirme Ludmilla. Avec Iouchtchenko, les relations avec Moscou vont se détériorer, et ce ne sont pas les entreprises occidentales qui vont nous faire vivre, s'emporte Dmitro qui votera Ianoukovitch.

Un des jeunes qui campent sur la place des prolétaires rigole : "On mangera des oranges".

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G.D.

Ce reportage a été publié dans Le Progrès.

22/12/2004

A Kiev, c'est déjà le président Iouchtchenko

IMG_0558.jpgViktor Ichtchenko et Viktor Ioukanovitch s'affrontent à nouveau dimanche 26 dans les urnes. Mais à Kiev, il n'y a manifestement qu'un seul candidat. Celui de l'opposition.

Alors que sur ses affiches électorales, Iouchtchenko répéte inlassablement "Tak
mir Bam", son adversaire est étrangement absent.

Lâché par le président Koutchma, donné perdant par tous les sondages, il a été sérieusement bousculé par son rival en début de semaine lors d'un face à face télévisé. Le lendemain, la presse et les analystes étaient unanimes : "Ioukanovitch s'est mal défendu, On avait l'impression qu'il savait qu'il avait déjà perdu", Mais à trois jours du scrutin décisif, l'opposition n'entend pas faire baissser la pression. Ni surtout se faire voler sa victoire.

Mercredi soir, elle avait appelé à une gigantesque manifestation sur la place de l'Indépendance, théâtre de la "révolution orange". A 15 heures, ils étaient déjà plusieurs centaines. Arrivés en petits groupes, la plupart arborent un brassard, une écharpe, un bonnet orange. Deux heures plus tard, la foule a grossi. Les drapeaux ukrainiens jaune et bleu sont venus rejoindre les banderoles "tak" (assez) ou "pora" (ça suffit) ou "Iouchtchenko président".

Trois écrans géants sont été installés sur la place. Deux encadrent le podium, Les images des manifestations, les débats au parlement, les interventions d'Iouchtchenko, des appels à aller voter dimanche, passent en boucle, au son de la pop ukrainienne. Il fait - 5! A 18h15, la place est noire de monde. Un speaker n'en finit pas d'annoncer l'arrivée du "président Iouchtchenko".

Helene Lorbach, étudiante en 4e année de sciences à Kiev, est venue avec quatre amis.  Elle ne veut plus entendre parler de Ianoukovitch et de la mafia des oligarques. "Il a voulu nous voler notre victoire, nos élections, nos votes. Ici, ily a trop de corruption. On veut la vérité, l'honnêteté".  Au premières notes de l'hymne ukrainien, elle s'interrompt et, comme toute la foule, place sa main droite sur le cœur.

Iouchtchenko monte enfin sur le podium. Il disparaît derrière une forêt de drapeaux orange mais aussi jaune et bleu. Il est 19H15. Le thermomètre lumineux au sommet d'un immeuble affiche imperturbablement -5! Pendant deux heures, ses proches, Ioulia Timochenko, Petro Porochenko, Vladimir Moretz, les frères Vitali et Vladimir Klitschko, boxeurs de réputation internationale, et de Russlana, chanteuse populaire, feront applaudir le "président Iouchtchenko". La foule reprendra sagement les slogans, le chant de la révolution. Sans excès. "Personne n'emêchera quelqu'un d'apprendre le Russe, personne n'empêchera quelqu'un d'apprendre la langue qu'il veut", martele Iouchtchenko, qui veut une"Ukraine unie".

Agité par Ioukanovitch le risque d'une séccession des régions russophones paraît bien peu probable. Même à Kharkov, une région qui a pourtant voté à 70% pour le candidat du pouvoir. l'ancien gouverneur, -démissionaire - accusé par l'équipe de Iouchtchenko d'être l'un des plus gros falsificateurs" du deuxième tour de la présidentielle, assure maintenant que la victoire d'Iouchtchenko ne lui fait pas peur, même s'il ne "l'applaudira pas". Personne ne veut la partition de l'Ukraine, assure Natty, 35 ans, employée.

 

G.D.

Ce reportage a été publié dans Le Progrès.

20/12/2004

Salaires ukrainiens pour les petits baigneurs de Roanne

IMG_0572_2.JPGDécembre 2004 - De nombreuses entreprises françaises sous traitent leur production en Ukraine.
les salaires étant très bas. Une société de Roanne a franchi le pas. Mais la
concurrence est très rude, notamment avec les Chinois.
Dans l'Indre, les PME de l'habillement restées françaises meurent une à une. En
silence. les autres tentent de survivre en jouant la carte de la sous-traitance
delocalisée  La faute à la course aux prix bas.
Dans cette compétition acharnée
la Tunisie, la Turquie, la Roumanie, mais surtout la Chine ont un atout majeur
: des salaires très bas. Un mouvement accéléré, ou rien n'est acquis. Les
Polonais sont en train de l'apprendre à leurs dépends. Trouvant les salaires
trop élevés, de nombreuses entreprises désertent ce pays et ont tourné leur
regard vers l'Ukraine.
Et les commandes affluent.
Edouard Son, patron de l'entreprise UK International installée a Roanne dans la
Loire a franchi le pas, il y a huit ans.
Footballeur ukrainien de haut niveau -
il a joué en Coupe d'Europe notamment contre Bordeaux - il travaille avec
l'entreprise de Korneva Svitlana, Kianka, dans la banlieue de Kiev. Elle
emploie 700 personnes et assemble des polos, chemises, pulls. Chaque année, un
million de pièces sortent de ses ateliers.
Construite dans les années soixante, l'entreprise a été rachetée, il y a deux ans,
par une partie du personnel et par des "actionnaires". "il y a même des
Russes", assure Mme Kornieva. Elle ne veut pas en dire plus.
Kianka fabrique sa propre collection. Mais cela ne représente qu'une infime
partie de sa production. Les collections étrangères ne demande que de
l'assemblage. Ses clients : Petit baigneur. les Flibustiers. Vivement dimanche.
Une employée
qualifiée gagne ici 250 dollars; un simple salarié 150. "Un polo homme revient
entre un et cinq dollars à fabriquer. Cela dépend de la qualité".
explique-t-elle. Son entreprise marche-t-elle bien? "Oui, sinon il faut aller
faire autre chose, rentrer chez soi".
Le personnel, plutôt âgé. "est fidèle" et il travaille 37 heures par semaine.
Théoriquement. "Mais il peut travailler plus, quand il y a des commandes. même
les week-end". assure l'adjointe de la direction. les heures sont comptées
double le samedi et le dimanche. pas la semaine. "On a du mal à employer des
jeunes, regrette Mme Kornieva, ils ne veulent pas travailler chez nous, ce n'est
pas assez valorisant".

A quelques centaines de kilomètres a l'ouest de la capitale, Naina Gavrishevska
dirige une entreprise à Tcherkassy. Elle emploie 300 personnes. Les salaires
sont plus bas, moins de 100 euros. Ce qui la désole c'est le niveau des charges
salariales : 53%. Si elle ajoute les impôts "cela fait du 100%"  Ses concurrents
: la Turquie " Je ne sais pas comment ils font pour payer leurs employés et
sortir des prix aussi bas". avoue-t-elle.
Si la chef d'entreprise de Kiev votera pour Iouchtchenko - il a promis de
baisser les impôts -, celle de Tcherkassy ne fait confiance à aucun des deux
candidats. Elle votera donc "contre tous".

G.D.

Ce reportage a été publié dans Le Progrès.

12/03/2004

Russie : la classe moyenne n’est plus introuvable



Pull sombre, col ras le cou, Alexander est un jeune Russe moderne et dynamique. 
A l’image de son président Vladimir Poutine. Il ne boit que modérement et 
conjugue allégrement deux activités professionnelles. Tantôt responsable des 
relations publiques pour la région de Lipetsk, tantôt conseiller pour une 
entreprise privée. 
Il est aussi très discret, dès qu’il s’agit de business. Impossible de savoir 
exactement combien il gagne.  Dans la nouvelle société russe, ce quadragénaire, 
parfaitement anglophone, se classe nettement parmi les " jeunes lions ", qui, 
selon un célèbre institut de recherche sociologique, forment aux côtés des " 
travailleurs optimistes " et autres " couples conservateurs ", la classe 
moyenne. Soit 20% de la population, qui, en grande partie, a adopté le slogan: 
"Tout ce que je fais de bon pour moi est bon pour mon pays".

A Moscou et Saint-Petersbourg, les Macdo, les restaurants huppés, les magasins 
de luxe font le plein. Tout comme les centres commerciaux. Dans la banlieue de 
la capitale, le Mega Mall, le plus grand de toute l’Europe de l’Est, compte 250 
boutiques, un Auchan et un Ikea. Il ne désemplit pas.

Avec les grandes surfaces, le crédit a fait son entrée ; en force. 
Réfrigérateurs, télévisions, électroménagers, voitures étrangères : tout 
s’achète à tempérament sur un ou deux ans. Pour une Renault Megane symbol, il 
faut débourser 274750 roubles (7850 euros). A voir, le sourire du 
concessionnaire, les candidats ne manquent pas. Le revenu moyen officiel dans 
la région n’est pourtant que  de 13 668 roubles (390 euros).

Ivanovo est à 300 km au nord-ouest de Moscou. Une région pauvre, sans ressource 
naturelle, et qui a subi de plein fouet la crise du textile. Mais, là aussi, le 
redressement est en marche. Des magasins de luxe, - montres suisses, parfums -, 
viennent  d’y ouvrir leurs portes. Et "les immatriculations des voitures 
étrangères progressent : un signe", explique Vladimir Sokov, un responsable 
régional. 
A Lipetsk, les jeunes femmes au look de Top model fréquentent le " Fortuna ", 
la clinquante boîte de nuit. Les hommes aux vêtements bien coupés y viennent en 
famille. Dehors, le parking compte quelques voitures haut de gamme. Dans ce 
club, le Coca Cola ou la bière ne coûtent que deux euros ; un prix cependant 
prohibitif pour la plupart des étudiants de l’université proche. Pourtant, la 
piste de danse est bondée et les téléphones portables dernier cri.

"La situation s’est nettement arrangée, on vit bien ici", explique Nikolaï Bortsov, député de Russie unie et patron de l’usine de jus de fruit Çad de 
Lebidian. La région peut en effet compter sur ses richesses naturelles, 
notamment ses mines de fer.

Un cadre qu’Alexander commence cependant à trouver un peu étriqué pour ses 
compétences. Il rêve maintenant de Moscou. Un autre souci pour la Russie. La capitale aspire les dollars et les élites.

G D

 

(1) Lebedyansky passe sous contrôle de PepsiCo

 

En 20 mars 2008, PepsiCo annonce s'être emparé de 75,5 % du capital de la société Lebedyansky (ex-Çad – jus en russe), leader russe des jus de fruits. Pour mettre la main sur les titres de l'homme d'affaires local Nikolaï Bortsov et de son fils, PepsiCo a dû débourser 1,4 milliard de dollars, soit 100 dollars par action, selon Bloomberg. L'offre valorise le russe près de 25 fois les bénéfices réalisés en 2007 : un prix exorbitant ! Au titre de l'exercice 2007, Lebedyansky a affiché une hausse de son chiffre d'affaires de 33 %, à 945 millions de dollars.

Ce reportage a été réalisé dans 
le cadre d'un voyage organisé par l'administration présidentielle russe dans la 
région de Moscou et Belgorod près de la frontière ukrainienne, avec la 
participation d'une dizaine de journalistes français, allemands, américains, 
israéliens, estoniens et espagnols. Il a été publié dans Le Progrès.

10/03/2004

L'ancienne ceinture rouge convertie au capitalisme

 

Mars 2004. - Belgorod, Lipietsk, Star Oskol, Lebedian: la Russie profonde, à 650 km au sud de Moscou - dix heures de train -, tout près de la frontière ukrainienne. Ici on est au cœur de l’ancienne ceinture rouge, où pendant les années Eltsine, on a continué à voter communiste.

Tatiana, 42 ans, mariée, est ouvrière dans le combinat métallurgiste de Star Oskol (210 000 habitants). Elle gagne 10 400 roubles (300 euros)* par mois, le salaire moyen dans la région, auquel se rajoute un supplément de 3000 roubles (85 euros) pour son enfant. Surtout son entreprise, une société privée en pleine expansion, multiplie les aides. Elle verse ainsi 100 millions de roubles (plus de 2,8 millions euros) chaque année au 20 000 membres du personnel. Outre le financement d’un complexe sportif, elle subventionne un sanatorium, qui accueille chaque année 3500 enfants, un centre de vacances sur la Mer noire et une maison de repos. Elle verse également un complément de retraite aux anciens salariés et prend en charge une visite médicale par an. Les enfants des salariés peuvent aussi disposer de prêts sans 
intérêts pour leurs études.

A quelques dizaines de kilomètres de là, Lebedian (20 000 habitants) connaît aussi sa success story. Une fabrique de jus de fruits : Çad, 2400 salariés. " Les salaires les plus élevés de la région ", se félicite Alexander Kobdi, le directeur général : " 12 000 roubles 343 euros) plus l’assistance médicale gratuite ". Pudique, il n’ose pas donner le nom de celui qui a racheté toutes les actions des salariés. " Une grande famille de la région ", dira-t-il. En fait, il s’agit du gouverneur de la région et ex-speaker de la Douma Igor Satvienko.

L’entreprise n’oublie pas de financer la construction de cent appartements pour 
les habitants de la ville. Devant le siège de l’entreprise, Mercedès et BMW 
entourent une statue de Lénine. " On l’a gardée, précise Sergueï, 32 ans , l’ingénieur principal, on ne doit pas détruire notre histoire. L’important, c’est le travail ". Contrôleur d’emballage, Alexander Kokorin, 27 ans, père d’un bébé de 18 mois, est ravi d’avoir un bon job. Il gagne 9000 roubles (260 euros). Il est propriétaire de son appartement. Il a aussi un espoir : celui de poursuivre ses études en cours du soir, " avec le soutien de mon entreprise ".Y-a-t-il des syndicats? Il acquiesce, mais s’empresse d’ajouter qu’il " n’a pas eu besoin de s’adresser à eux ". Patelin, le directeur adjoint intervient : " Pourquoi manifesteraient-ils ? Ils ont déjà de très bons salaires ".

Ce n’est pas le cas de Mia, professeur à l’université de Lipetsk (500.000 habitants). Elle gagne 2000 roubles (57 euros), auxquels il faut ajouter 70 roubles (2 euros) pour son enfant, mais elle doit en donner 100 (2,80 euros) pour les repas à l’école. Une fois ôté le loyer, environ 500 roubles (14,30 euros), il ne lui reste pas de quoi faire des folies. Mais, " les plus à plaindre, dénonce-elle, ce sont les retraités ". " Ils ne touchent que 1200 roubles (34,20 euros) par mois et leur loyer ou les charges de leur appartement ne cessent d’augmenter. Beaucoup doivent déménager pour de plus petits logements, souvent éloignés de leur quartier. Un véritable déchirement ".

" Il y a beaucoup de mécontentements, car il y a de grosses disparités. Il y a aussi plus de petites délinquances ", souligne Natacha, 50 ans, employée. Igor, 45 ans, chômeur  à Belgorod (1,500.000 habitants), pense que " beaucoup 
voteront contre tous, même si le niveau de vie a augmenté ". Quant à Marina, 35 ans, elle votera pour Poutine, mais elle regrette qu’en Russie " quand on est en colère, on parle dans sa cuisine ".

G D

Ce reportage a été réalisé dans le cadre d'un voyage organisé par l'administration présidentielle russe dans la région de Moscou et Belgorod près de la frontière ukrainienne, avec la participation d'une dizaine de journalistes français, allemands, américains, israéliens, estoniens et espagnols. Il a été publié dans Le Progrès.

 

Un site http://www.russie.net/russie/elections_russie_2004_hist.htm

"On ne plaisantait pas avec l'abstention sous Staline",  révèle un rédacteur de Russie.net, dans un dossier sur les élections de 2004... Le reste est heureusement parfois plus sérieux

09/03/2004

Manhattan sur Moskova


 

Les Russes s'apprêtent à aller voter le 14 mars Pour "Volodia", le président qui 
a rendu sa fierté à la Russie.

La semaine dernière, Vladimir Poutine a encore un peu plus squatté les écrans 
de télévisions contrôlées par l'Etat Channel One, Rossia, et NTV. Entre le 27 février et le 4 mars, pour la troisième semaine de campagne, il est apparu à 26 
reprises dans les journaux télévisés. Deux fois plus que la candidate libérale Irina Khakamada. Le candidat communiste Nikolaï Kharitonov doit se contenter de 
neuf passages, l'ultranationaliste Oleg Malyshkin de sept. Le leader de Rodina, 
Sergei Glazyev est apparu quatre fois. Quant au libéral Ivan Rybkine, féroce 
critique du président sortant et soutenu par le magnat russe en exil Boris 
Berezovski, une de ses deux seules interventions a été pour annoncer son 
retrait de cette "farce" électorale.

Sacha, chauffeur de taxi collectif, n'y voit pas matière à scandale. " C'est 
quand même le président ". D'ailleurs, s'étonne-t-il " Ça vous intéresse tant que cela ces élections "?  Pour lui, il n'y aucun suspense : " Poutine sera 
réélu et c'est tant mieux "!

L'absence de panneaux électoraux sur les 28 km qui séparent l'aéroport du centre de Moscou? Le refus du président de participer à un quelconque débat 
électoral? " Non ", cela ne le choque pas. La douzaine de passagers qui 
s'entassent avec leurs bagages dans la petite estafette prévue pour huit personnes maximum, est à l’unisson. " Poutine a mieux à faire, les autres n'ont 
aucune chance ". " Les débats, les meetings, c'est du temps perdu, de l'argent 
gaspillé ".

Iront-ils voter ? Tous l'assurent. Pour Poutine ? Pour "Volodia" !  Pour celui 
qui a remis de l’ordre en Russie. Pour ce " jeune président " dont on " peut 
être fier ", parce qu’il " ne boit pas ", parce qu’il " fait du sport ", 
explique Natacha, traductrice. A des années lumières de l’alcoolique Boris 
Eltsine.

Mais aussi parce que la situation économique s’est franchement améliorée. Les 
salaires augmentent, il y a du travail. C’est flagrant à Moscou, où la ville 
rutile. Les centres commerciaux rivalisent de luxe. Celui construit sous la 
place du Manège juste devant le Kremlin relègue le célèbre Goum de la Place 
rouge au rang de grand bazar de province. Les casinos et établissements de jeux 
quadrillent la ville, tandis que les minis centre commerciaux jalonnent les 
banlieues. Sur les voies asphyxiées de la capitale, les Lada et autres Volga 
pétaradantes ont cédé la place aux Audi, BMW et Mercedes dernier cri.

Mais cette fièvre consumériste n’est rien comparée au dernier projet de la 
ville : " Moscow City. D’ici 2015, s’érigera sur les bords de la Moskowa, le " 
Manhattan russe. Un projet pharaonique à 500 mètres à vol d’oiseau de la Maison 
blanche et du Kremlin. Des hôtels, des bureaux, des administrations, un centre 
commercial, un parc de loisirs, une tour de 680 mètres de hauteur, une ligne de 
métro directe reliant l’aéroport de Sheremetievo en 36 minutes seulement, un 
héliport. " Un projet à l’image de ceux qui existent déjà aux Etats-Unis et au 
Canada ", souligne fièrement Valery Ivanovitch Kuzin, responsable des 
investissements pour le gouvernement de la région de Moscou.

En mieux et plus 
cher ! Entre dix et onze milliards de dollars, l’équivalent du budget annuel de 
la ville. A l’heure actuelle, 6000 personnes travaillent sur le site. A terme 
ce sont 15000 emplois qui sont en jeu. Un programme financé en partie par la 
ville, par des investisseurs privés et étrangers. 
La première tranche est complète. " Nous n’avons pas pu satisfaire tout le 
monde ", feint de regretter Valery Kuzin, " il y avait trop d’investisseurs par 
rapport au projet ".

Mais ce succès fait grincer quelques dents hors de la 
capitale. " En 2003, douze milliards de dollars ont été investis dans la région 
de Moscou, soit 50% des sommes investies en Russie. Que reste-t-il pour les 
autres régions ? Partout le fossé se creuse ; entre la capitale et les régions, entre les villes et les campagnes, entre les riches et les  pauvres", 
s’inquiète Sacha, militant communiste.

G D

(1) Aucun n'est crédité de plus de 5% des intentions de vote.

(2) Ce reportage a été réalisé dans le cadre d'un voyage organisé par l'administration présidentielle russe dans la 
région de Moscou et Belgorod près de la frontière ukrainienne, avec la 
participation d'une dizaine de journalistes français, allemands, américains, 
israéliens, estoniens et espagnols. Il a été publié dans Le Progrès.

 
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