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28/12/2004

Calme lendemain de nuit blanche à Karkhov

 

Les Orange n’ont pas fêté bruyamment leur victoire. Ils devront en effet compter avec le bon score d’Ianoukovitch dans l’est du pays

Bureau no 6, rue Pouchinchinskaia à Karkhov. Il est 5h30 et Viktor Alfekov s’avoue satisfait. Le scrutin s’est déroulé sans incident majeur. Mais la journée de dimanche et la nuit qui a suivie ont été rudes.

Etranges, même. Samedi, « on a vécu sous trois lois électorales différentes. Le matin, les personnes âgées ou malades pouvaient voter chez eux avec un certificat d’invalidité. A midi, ils n’avaient même plus besoin de justifier de leur état. Le soir, ils ne pouvaient plus voter, c’est un peu compliqué, non ? »

Compliqué et fatiguant ! A 20 heures, Vladimir Youguevitch, un membre du bureau a été le dernier à voter, sous les applaudissements des officiels et des observateurs. Le décompte des voix s’est achevé à 1h45. Résultats : sur les 2512 inscrits , 1787 ont voté. Ianoukovitch recueille 1020 voix ; Iouchtchenko 648. 90 électeurs ont voté contre les deux concurrents.

 

« La russie, c’est ma maison »

 

Le candidat orange n’a gagné que 2% par rapport au second tour annulé. Sa venue l’avant-veille de ce troisième tour ne lui aura donc pas permis d’inverser la tendance. Karkhov, la grande ville russophone, reste attachée à Ianoukovitch.

Alexander Ioutchino, 50 ans, est ouvrier confirmé chez Malychev, le fabricant de chars. Supporters des bleus, il est un peu amer et décu. « Ianoukovitch n’avait aucune chance de gagner, Iouchtchenko voulait sa victoire par n’importe quels moyens ». Une de ses collègues est encore plus dépitée et inquiète. « Dans la région, il y a beaucoup d’usines d’armement. So on se coupe des Russes qui va acheter nos chars ? Les américains ? Ianoukovitch est un homme de l’industrie, il comprend cela. Iouchtchenko, lui ne nous défendra pas ».

Ludmilla, 45 ans, professeur privée d’anglais, partage cette crainte : La Russie, c’est ma maison. On a vécu en Union soviétique, on fait partie du même monde. Iouchtchenko est soutenu par les Américains et les Européens qui veulent détruire nos usines pour ensuite nous vendre leurs armes. »

Pourtant le leader des orange est venu à Karkhov affirmer que l’Etat devait soutenir le complexe militaro-industriel et que la Russie était un marché important pour l’Ukraine. Sans convaincre !

 

« Travailler dur »

 

Ce pragmatisme affiché par le vainqueur officieux des élections agace Anatoly, 65 ans, qui balaie l’argument. « Iouchtchenko est un homme de l’ouest , il vient juste de découvrir que la Russie était notre voisin. Ici tout est touné vers la Russie ».

Mais son discours n’intéresse pas Yogun. Le jeune homme vend des hot-dogs et des kebabs « ukrainiens », précise-t-il, en face de l’institut polytechnique. Les gens comme moi qui ont de petits business ont voté pour Iouchtchenko, qui a promis de baisser les impôts ».

Naïna comprend cette peur de l’occident. Responsable d’une usine de textile, elle travaille beaucoup avec l’Europe, mais ajoute-t-elle, « il est impossible pour nous d’abandonner le russe et d’oublier nos relations avec la Russie ».

Hier, le ciel était gris à Karkov. Personne n’avait vraiment le cœur à fêter la victoire. Pas de concerts de klaxons ou de meeting comme à Kiev. Il faut travailler.

« Ianoukovitch a perdu, mais nous restons tous des Ukrainiens », rappelle Viktor Alfekov. Pro Iouchtchenko, il ne cache pas son inquiétude : « Dans quel état allons nous trouver les finances publiques ? Nous devrons travailler dur pour que les difficultés économiques ne viennent renforcer une division que personne ne souhaite ».

 

G.D.

Ce reportage a été publié dans Le Progrès.

26/12/2004

La journee tranquille de Vladimir Bulgakov,chef du bureau no 8 à Kharkov



 

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Kharkov, le 26 décembre 2004. Constat serein des observateurs: les partisans des deux candidats ont
joué la transparence et la clarté.

Vladimir Bulgakov a 33 ans. Médecin légiste, il est depuis lundi dernier
responsable du bureau de vote numéro 8, installé au 79 de la rue Pouchkine dans
le bâtiment de l'Institut polytechnique. Son prédécesseur avait été accusé de
fraudes et démis de ses fonctions. "Il s'est depuis recyclé comme observateur
pour Ianoukovitch", explique son remplaçant. Sans y voir aucune malice!

Vladimir prend sa tache très au sérieux. Son avis sur le scrutin? Il touche du
bois. "Tout se passe bien pour le moment", assure-t-il. Le bureau a ouvert à 7
heures du matin, il y a maintenant quatre heures. "Il y a beaucoup plus
d'inscrits cette fois-ci qu'au tour précèdent",
relève-t-il. La raison? "Notre commission a du fournir un énorme effort pour
rattraper le mauvais travail de l'administration. Lors des deux premiers tours,
les relations au sein de la commission étaient très tendues entre les deux
clans. Quand j'ai été nommé, j'ai demandé aux gens de ne plus arborer leur
couleur politique. Maintenant cela va beaucoup mieux, car tout le monde est
traité sur le même pied d'égalité. On a un job a faire, ce n'est pas le moment
de parler politique. Il est important de montrer le bon exemple et de ne pas
diviser le pays".

Supporter de Iouchtchenko, Vladimir n'a que des éloges a
faire aux membres de l'autre bord : "Tout le monde veut vraiment que cette
élection soit claire, transparente et incontestable".
Valery Konkin, 48 ans, acquiesce. Lecteur a l'Institut politique, il est pour la
première fois observateur "pour Ianoukovitch" et "satisfait de déroulement du
scrutin". "Ici tout est bien organisé, même la collecte des bulletins de ceux
qui ne pouvaient pas se déplacer et ont du voter chez eux. Les équipes
comprenaient des représentants des deux candidats ainsi que des officiels". Un
exploit quand on sait que la loi interdisant le vote à domicile a été supprimée
seulement samedi par la Cour suprême.

Dans la pièce, tout est propre, net, les
bureaux et les isoloirs bien séparés. Beaucoup d'étudiants votent ici, en
musique avec le chanteur pop-rock Sting.
Le bureau No 6, dirigé par Viktor Alfegov, est plus animé. Il y a aussi plus de
personnes âgées et parfois le manque d'intimité autour des isoloirs pourrait
faire bondir les puristes de la loi. Mais pas Ludmilla Skibina, observatrice
pour Iouchtchenko. Ingénieur en physique, elle offre une mandarine. "Pas une
orange", fait-elle remarquer. Cela fait rire Helena et Vladislav Fedchenko (photo). Eux
aussi observent pour les oranges. "Tout est bien organisé", confirme un partisan
de Ianoukovitch, "il y a des observateurs des deux côtés, tout est régulier".

"Iouchtchenko va gagner, mais il devra ressouder le pays"

Anatoly Povrosin, 64 ans, sort a peine du bureau de vote. Il a donné sa voix à
Ianoukovitch. "Iouchtchenko n'est peut-être pas un mauvais homme,
mais son équipe n'est pas bonne. Ils feront leur politique dans leur intérêt et
metront l'Ukraine dans une mauvaises posture. Il va gagner, c'est sur, mais
il devra prendre en compte le fait qu'à l'est les gens ont voté pour
Ianoukovitch et qu'il faut réunir les deux parties du pays".
Au second tour, 55% des électeurs de ce district lui ont donné leur voix contre
40 à son adversaire, 5% ont voté contre les deux candidats.

Maxim, 20 ans, est à son poste depuis 7 heures du matin dans le bureau installé
à l'Université nationale d'agriculture de Kharkov. Déçu par "le manque de
professionnalisme" de l'équipe de Ianoukovitch, il avait cessé de le supporter.
Mais, "je suis revenu parce que je veux que tout se passe bien, que les chances
soient égales dans cette election", assure-t-il. Aujourd'hui sa couleur
préférée serait plutôt le vert, celle des neutres, "les seuls, selon lui, qui
veulent vraiment ressouder l'est et l'ouest du pays". Il ont d'ailleurs déjà
commencé. Une association d'étudiants a organisé la campagne Noël ensemble pour
que ceux qui habitent à Kharkov viennent passer la fête orthodoxe, le 6 janvier,
dans des familles de Lviv - Lvov - dans l'ouest du pays. Plus de 100 personnes
sont déjà inscrites.

 

G.D.

Ce reportage a été publié dans Le Progrès.

24/12/2004

Karkhov déchiré entre orange et bleu

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Décembre 2004 - Karkhov, pour les russophones, Karkhiv pour les ukrainophones. La langue a été un enjeu de la campagne, largement utilisée par les deux candidat. Comme les relations avec la Russie

A la veille du troisième tour de la présidentielle, la grande ville de l'est paraît bien calme. Vaste, elle compte plus de 1,5 millions d'habitants. Coupée par les rivières Karkhov, Lopan et les collines, elle est aussi dechirée par cette élection. Lors du second tour, Viktor Ioukanovitch a recueilli plus de 70% des voix contre 24 à Viktor Iouchtchenko. Un score impressionnant, mais bien loin des 96% qu'il a obtenu à Donestk, dans la partie orientale du pays. Ou des 90% que Iouchtchenko a atteint dans l'ouest nationaliste.

Cela n'a pas empêché la campagne d'être rude. Les manifestations ont souvent failli mal tourner, explique Yana Sotnikova, 21 ans, étudiante interprète en anglais. Ainsi le 4 décembre, 10000 supporters de Iouchtchenko et près de 3000 de son adversaire ont defilé chacun d'un côté de l'immense place de la Liberté. Entre les Orange et les Bleus, 200 policiers et quelques dizaines de Verts. Ou plutôt des neutres! Je ne soutiens plus personne. Des deux côtés, les gens sont tellement violents et agressifs qu'ils dressent les deux camps l'un contre l'autre et ils divisent le pays, deplore Andreyi, 35 ans. Yana est du même avis. Je n'aime aucun des deux candidats. J'ai voté contre les deux. Née à Vladivostok, dans l'extrême-orient russe, elle a émigré avec ses parents et sa grand-mère en Ukraine en 1988. Le climat y est plus sec. "Pour moi, explique-t-elle, ce n'est qu'une bataille entre deux groupes qui ont tous de l'argent et qui se battent pour avoir le pouvoir. Il y a deux mois on était au bord de la guerre civile. Les images que j'ai vues à la télévision m'ont effrayée. Ce que je veux c'est de la stabilité".

Ludmilla Lysenko,45 ans, cumule deux jobs. Elle travaille dans un institut de politique et de marketing. Elle donne aussi des cours d'anglais. Beaucoup plus virulente, elle se range parmi les pro-Ioukanovitch. Je ne supporte pas Iouchtchenko, je ne supporte pas la révolution orange. C'est juste du désordre, des paroles en l'air. Je suis diplômée scientifique. Quand Iouchtchenko a été au pouvoir, il n'a rien fait pour la science et la recherche. Depuis 2002 que Ianoukovitch est devenu Premier ministre, on est payé régulièrement. Avec lui, on a acquis la stabilité. Il n'y a pas une autre ville comme cela en Ukraine, assure un responsable communal. Nous avons beaucoup d'industriels et d'hommes d'affaires qui ont des liens commerciaux avec la Russie. Mais nous avons aussi de nombreux étudiants et de chercheurs, qui votent pour Iouchtchenko, c'est pour cela que la ville est aussi divisée.

Entre les boutiques occidentales et les fast-foods voisinent les bâtiments administratifs et les écoles militaires au charme tout soviétique. La ville abrite aussi des usines d'armement, notamment celle de Malychev, qui fabrique des chars.

La Russie? Les deux Viktor assurent vouloir garder des liens forts avec ce partenaire économique. Mais, reprend Ludmilla, on aimerait vivre comme a l'ouest, mais on ne peut pas, parce que économiquement on n'est pas au point. Les dirigeants occidentaux ne voient en l'Ukraine qu'un petit frère, un pays juste bon pour faire des affaires. Yana regrette de son côté d'avoir à choisir entre l'Europe et Moscou. La Russie est très proche, nous avons le même esprit. Je veux pouvoir parler russe. Dans mon université, je dois déjà rendre une partie des mes travaux en ukrainien, avec Iouchtchenko, je crains que ce ne soit encore pire, affirme Ludmilla. Avec Iouchtchenko, les relations avec Moscou vont se détériorer, et ce ne sont pas les entreprises occidentales qui vont nous faire vivre, s'emporte Dmitro qui votera Ianoukovitch.

Un des jeunes qui campent sur la place des prolétaires rigole : "On mangera des oranges".

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G.D.

Ce reportage a été publié dans Le Progrès.

22/12/2004

A Kiev, c'est déjà le président Iouchtchenko

IMG_0558.jpgViktor Ichtchenko et Viktor Ioukanovitch s'affrontent à nouveau dimanche 26 dans les urnes. Mais à Kiev, il n'y a manifestement qu'un seul candidat. Celui de l'opposition.

Alors que sur ses affiches électorales, Iouchtchenko répéte inlassablement "Tak
mir Bam", son adversaire est étrangement absent.

Lâché par le président Koutchma, donné perdant par tous les sondages, il a été sérieusement bousculé par son rival en début de semaine lors d'un face à face télévisé. Le lendemain, la presse et les analystes étaient unanimes : "Ioukanovitch s'est mal défendu, On avait l'impression qu'il savait qu'il avait déjà perdu", Mais à trois jours du scrutin décisif, l'opposition n'entend pas faire baissser la pression. Ni surtout se faire voler sa victoire.

Mercredi soir, elle avait appelé à une gigantesque manifestation sur la place de l'Indépendance, théâtre de la "révolution orange". A 15 heures, ils étaient déjà plusieurs centaines. Arrivés en petits groupes, la plupart arborent un brassard, une écharpe, un bonnet orange. Deux heures plus tard, la foule a grossi. Les drapeaux ukrainiens jaune et bleu sont venus rejoindre les banderoles "tak" (assez) ou "pora" (ça suffit) ou "Iouchtchenko président".

Trois écrans géants sont été installés sur la place. Deux encadrent le podium, Les images des manifestations, les débats au parlement, les interventions d'Iouchtchenko, des appels à aller voter dimanche, passent en boucle, au son de la pop ukrainienne. Il fait - 5! A 18h15, la place est noire de monde. Un speaker n'en finit pas d'annoncer l'arrivée du "président Iouchtchenko".

Helene Lorbach, étudiante en 4e année de sciences à Kiev, est venue avec quatre amis.  Elle ne veut plus entendre parler de Ianoukovitch et de la mafia des oligarques. "Il a voulu nous voler notre victoire, nos élections, nos votes. Ici, ily a trop de corruption. On veut la vérité, l'honnêteté".  Au premières notes de l'hymne ukrainien, elle s'interrompt et, comme toute la foule, place sa main droite sur le cœur.

Iouchtchenko monte enfin sur le podium. Il disparaît derrière une forêt de drapeaux orange mais aussi jaune et bleu. Il est 19H15. Le thermomètre lumineux au sommet d'un immeuble affiche imperturbablement -5! Pendant deux heures, ses proches, Ioulia Timochenko, Petro Porochenko, Vladimir Moretz, les frères Vitali et Vladimir Klitschko, boxeurs de réputation internationale, et de Russlana, chanteuse populaire, feront applaudir le "président Iouchtchenko". La foule reprendra sagement les slogans, le chant de la révolution. Sans excès. "Personne n'emêchera quelqu'un d'apprendre le Russe, personne n'empêchera quelqu'un d'apprendre la langue qu'il veut", martele Iouchtchenko, qui veut une"Ukraine unie".

Agité par Ioukanovitch le risque d'une séccession des régions russophones paraît bien peu probable. Même à Kharkov, une région qui a pourtant voté à 70% pour le candidat du pouvoir. l'ancien gouverneur, -démissionaire - accusé par l'équipe de Iouchtchenko d'être l'un des plus gros falsificateurs" du deuxième tour de la présidentielle, assure maintenant que la victoire d'Iouchtchenko ne lui fait pas peur, même s'il ne "l'applaudira pas". Personne ne veut la partition de l'Ukraine, assure Natty, 35 ans, employée.

 

G.D.

Ce reportage a été publié dans Le Progrès.

20/12/2004

Salaires ukrainiens pour les petits baigneurs de Roanne

IMG_0572_2.JPGDécembre 2004 - De nombreuses entreprises françaises sous traitent leur production en Ukraine.
les salaires étant très bas. Une société de Roanne a franchi le pas. Mais la
concurrence est très rude, notamment avec les Chinois.
Dans l'Indre, les PME de l'habillement restées françaises meurent une à une. En
silence. les autres tentent de survivre en jouant la carte de la sous-traitance
delocalisée  La faute à la course aux prix bas.
Dans cette compétition acharnée
la Tunisie, la Turquie, la Roumanie, mais surtout la Chine ont un atout majeur
: des salaires très bas. Un mouvement accéléré, ou rien n'est acquis. Les
Polonais sont en train de l'apprendre à leurs dépends. Trouvant les salaires
trop élevés, de nombreuses entreprises désertent ce pays et ont tourné leur
regard vers l'Ukraine.
Et les commandes affluent.
Edouard Son, patron de l'entreprise UK International installée a Roanne dans la
Loire a franchi le pas, il y a huit ans.
Footballeur ukrainien de haut niveau -
il a joué en Coupe d'Europe notamment contre Bordeaux - il travaille avec
l'entreprise de Korneva Svitlana, Kianka, dans la banlieue de Kiev. Elle
emploie 700 personnes et assemble des polos, chemises, pulls. Chaque année, un
million de pièces sortent de ses ateliers.
Construite dans les années soixante, l'entreprise a été rachetée, il y a deux ans,
par une partie du personnel et par des "actionnaires". "il y a même des
Russes", assure Mme Kornieva. Elle ne veut pas en dire plus.
Kianka fabrique sa propre collection. Mais cela ne représente qu'une infime
partie de sa production. Les collections étrangères ne demande que de
l'assemblage. Ses clients : Petit baigneur. les Flibustiers. Vivement dimanche.
Une employée
qualifiée gagne ici 250 dollars; un simple salarié 150. "Un polo homme revient
entre un et cinq dollars à fabriquer. Cela dépend de la qualité".
explique-t-elle. Son entreprise marche-t-elle bien? "Oui, sinon il faut aller
faire autre chose, rentrer chez soi".
Le personnel, plutôt âgé. "est fidèle" et il travaille 37 heures par semaine.
Théoriquement. "Mais il peut travailler plus, quand il y a des commandes. même
les week-end". assure l'adjointe de la direction. les heures sont comptées
double le samedi et le dimanche. pas la semaine. "On a du mal à employer des
jeunes, regrette Mme Kornieva, ils ne veulent pas travailler chez nous, ce n'est
pas assez valorisant".

A quelques centaines de kilomètres a l'ouest de la capitale, Naina Gavrishevska
dirige une entreprise à Tcherkassy. Elle emploie 300 personnes. Les salaires
sont plus bas, moins de 100 euros. Ce qui la désole c'est le niveau des charges
salariales : 53%. Si elle ajoute les impôts "cela fait du 100%"  Ses concurrents
: la Turquie " Je ne sais pas comment ils font pour payer leurs employés et
sortir des prix aussi bas". avoue-t-elle.
Si la chef d'entreprise de Kiev votera pour Iouchtchenko - il a promis de
baisser les impôts -, celle de Tcherkassy ne fait confiance à aucun des deux
candidats. Elle votera donc "contre tous".

G.D.

Ce reportage a été publié dans Le Progrès.

 
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